vendredi 20 avril 2007

ARGENTINE. Te quiero sur...

Un long silence qui traduit 2 semaines trop remplies. Buenos Aires ne pourrait se traduire en quelques mots... Arrivée en gougounes et en petits shorts en plein automne argentin alors que les manteaux d'hiver circulaient dans la ville, ma première activité a été de m'acheter pantalons, souliers et polar. Et commence le portugnol qui ne m'a pas quitté tout le long du voyage. Ma seconde activité avait été prévue longtemps d'avance : un gros steak juteux aux champignons accompagné d'un bon vin dans un resto populaire de San Telmo, le Desnivel, sur lequel je suis tombée par hasard. J'ai recidivé le lendemain en étant un peu plus aventureuse cette fois et j'ai opté pour les boudains, saucisses et provolone grillés avec un Vasco Viejo à la santé de Gergely. 5 pesos le verre ou 8 pour la bouteille, on ne se demandera pas ce que j'ai choisi. Pour la partager, j'ai trouvé trois Argentins journalistes des plus sympathiques. On est allé par la suite faire du tourisme de nuit (la Plaza de Mayo sur la photo) et on ne s'est plus quitté. C'était le début d'une folle semaine sans sommeil afin de profiter au maximum de cette ville qui ne dort jamais. Résultat: une moyenne de 3 à 4 heures de sommeil par nuit. C'est que j'ai participé pendant trois jours d'horaires ultra chargés aux fameuses Premières journées internationales sur l'eau et la jeunesse qui réunissaient des participants de partout sur la planète, mais en grande majorité de l'Amérique latine. Ce fut plutôt fructueux du côté des contacts avec diverses organisations, mais les conférences comme telles étaient assez sommaires et l'esprit de confrontation instinctif et primaire, trop présent. Trouvez Geneviève dans la photo plus bas... Mais bon, j'ai été logée gratuitement dans un hotel qui, je l'ai appris sur place, est tomado, c'est-à-dire qu'après avoir abandonné par son propriétaire suite à une faillite, les 170 employés ont formé une coorporative et font fonctionner l'hotel au grand dam de son propriétaire qui veut évidemment le reprendre. Ces mouvements en Argentine sont de plus en plus populaires et Naomie Klein en a fait un documentaire extrêmement intéressant avec son mari Avy Lewis intitulé The Take (La Toma). Une semaine, ce n'est rien. C'est quand même assez pour se apaixonar (un verbe brésilien qui veut dire "tomber en passion"). Cette Europe latine m'a séduite à tous les niveaux : gastronomie aux influences italiennes et sa viande savoureuse (oui, oui, j'ai bien dit savoureuse...ce fut une grande réconciliation), le côté relax des latinos, le raffinement européen, la belle gueule des Argentins et surtout, leur étonnante galanterie qui m'a d'abord déconcertée avant de trouver ces petites attentions respectueuses plutôt agréables (surtout que j'arrive tout droit du pays de la non subtilité). C'est un art argentin d'allier la modernité aux traditions machistes. J'ai profité de mes quelques journées pour faire le tour des quartiers les plus jolis, acheter 4 paires de souliers (c'est le pays du cuir et le peso argentin est ridiculement bas pour le grand malheur de ses habitants), fouiner dans le marché d'antiquité du dimanche où j'ai déniché une bombilla d'argent (paille pour le mate) de toute beauté que j'ai négocié jusqu'à satisfaction, visiter le Malba (Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires) et pris des cours de tango (je connais maintenant les 7 pas de base, ne me reste plus qu'à apprendre les centaines de variations). Avec ma copine Angela, une photographe portugaise de Porto, j'ai passé une journée mémorable à essayer des chapeaux (sur la photo, on peut constater sous mes yeux le résultat de 6 nuits de 3 heures) et à filmer des séances de tango. Ah...le tango. Non, je n'entre même pas là-dedans. Le bandoneón (cet accordéon mélancolique), les danseurs nostalgiques... Observez sur la vidéo la perfection des mouvements. Art élitiste, seuls dansent les initiés, comme j'ai pu le remarquer au bal où Franco m'a amené. Remarquez sur la photo la grâce de mes pieds tout croches et de ma jambe maladroite. De toute beauté. Art machiste, c'est l'homme qui décide quelles séquences de mouvements seront exécutés. Surtout, c'est lui qui, par un coup de menton subtil, invite sa partenaire à danser avant de lui tourner le dos et de marcher vers la piste sans attendre une réponse. L'objectif de cette pratique est clair : éviter l'humiliation du refus direct de la femme et ainsi, préserver l'honneur de l'homme. Pire, cela renverse la situation et c'est justement la femme qui, croyant avoir été invitée, peut subir l'humiliation de devoir retraverser la piste de danse après avoir suivi un homme qui avait seulement eu un tic en passant devant elle. Myopes, à vos lunettes! C'est avec une mine décousue et le coeur dans la gorge que je me suis rendue à l'aéroport le 17 à 17h pour repartir vers mon Brésil. Je n'y croyais pas lorsqu'on m'a annoncé que mon vol avait été annulé et que je ne pourrais repartir que le lendemain!!! Au même moment, un orage éclate et les éclairs déchirent le ciel. Est-ce que je suis dans un film? Mon état onirique me le laisse croire. Taxi, direction Buenos Aires!!! Franco, un des 3 argentins, m'a accueilli avec des pâtes délicieuses et a ouvert une de ses bonnes bouteilles pour l'occasion. Je suis repartie sereine et reconnaissante pour cette extention fortuite, convaincue de revenir un jour...bientôt.

lundi 2 avril 2007

1h de bus+1h de bateau+1h de tracteur = PARADIS

Je reviens d'un weekend sur une petite île absolument fantastique, Cotijuba (pas la peine de la chercher sur une carte du monde: elle n'existe pas!) où j'ai séjourné en solitaire, question de me remettre d'une semaine de travail surchargée en raison de mon "congé de maladie". Cet endroit n'est que plages désertes, rivières et forêt. L'électricité y est arrivé il y a à peine 3 ans et aucune voiture n'y circule, seulement des vélos, des chevaux et des tracteurs-autobus (!). On peut voir sur la vidéo ce transport public inusité, filmé alors que je traversais le village.
J'ai marché sur le litoral pendant des heures et je n'ai croisé qu'un pêcheur qui m'a regardé avec un certain étonnement (c'est vrai que je m'étais joyeusement beurrée la face d'argile blanche trouvée sur mon chemin en guise de masque de beauté). Puis, un orage a éclaté, ce qui m'a permis de mettre ma caméra supposément hydrofuge à l'épreuve de l'eau pour la première fois. Succès!
J'ai passé la soirée à discuter avec Adriana, la proprio du pousada (petite auberge), qui est également à la tête du Mouvement des femmes des îles périurbaines de Belém. Cette organisation gère plusieurs projets de développement social et économique des communautés insulaires. Je n'ai pas pu m'empêcher de discuter avec elle des possibilités d'intégrer un de leurs projets aux activités d'Ecomaris au Brésil... Puis la pleine lune s'est levée et m'a inspiré un bain de minuit délicieux, irréelle pureté du paysage. Photos non disponibles.
Le lendemain, j'ai rencontré un jeune homme de l'endroit qui m'a offert de l'accompagner pour une ballade en forêt... à vélo! Il faut imaginer : une forêt tropicale, des vélos de ville aux freins douteux, un petit sentier entrecoupés de trous de vase et de rivières... Le tout, en gougounes Havaianas. Une aventure incroyable. J'ai même eu la chance (ou la malchance) de croiser un jacaré, c'est-à-dire un crocodile! Il faut dire qu'il était minuscule, mais j'ai pensé que sa mère n'était peut-être pas très loin, alors je me suis sortie les orteils de l'eau assez vite merci.
Comme Cotijuba est une île fleuviale, la marée envahit la végétation riveraine sur plusieurs mètres et les pluies abondantes gonflent les igarapés (ces petites rivières typiques de l'Amazonie telle que celle sur la vidéo). Ces phénomènes donnent naissance à des arbres aux racines courageuses qui s'adaptent aux caprices de la lune et qui arrivent à se garder au sec grâce à leurs grandes pattes.
Mon nouvel ami et moi continuons la ballade jusqu'à chez sa grand-mère qui possède un arbre de jambu!!! Ouais! On s'est empiffré pour reprendre des forces, puis on a coupé vers la plage où la marée haute nous a forcé à traversé des embouchures d'igarapés, l'eau jusqu'à la taille et les vélos au bout des bras. Inutile de dire que la dengue n'est plus qu'un lointain et étrange souvenir.
Voilà, j'espère avoir donné un peu de verdure et de chaleur humide à mes Québécoises et Québécois qui attendent toujours les bourgeons sous un gouvernement libéral...

samedi 24 mars 2007

BRASIL. Je suis dengue!!!

Ma pire appréhension s'est concrétisée le lendemain de mon anniversaire. Malgré toutes mes précautions, un moustique malicieux m'a transmis la fièvre dengue. C'est incroyable à quel point ce virus se manifeste soudainement et violemment. D'une heure à l'autre, je suis tombée dans un état pathologique grave. Douleurs dans tous les muscles du corps et une fièvre qui est montée en flèche pour frôler les 40 Celsius. Déjà, à voir mes yeux vitreux, j'étais convaincue qu'il s'agissait bel et bien de ce redoutable virus qui fait l'objet d'une épidémie totalement hors de contrôle dans tout le Brésil. Sauf qu'ici, à Belém, les autorités municipales sont actuellement vilipendées pour leur manque d'actions préventives alors qu'ailleurs, des mesures ont été prises depuis longtemps pour détruire les nids des moustiques transmetteurs qui se reproduisent dans l'eau stagnante. Mon état a continué à se degrader jusqu'à ce qu'on m'amène à l'hôpital où, pour la première fois de ma vie, j'ai été branchée sur du soluté et un anti-douleur qui m'a fait faire de jolis voyages. J'aurais tellement aimé avoir ma caméra alors, parce que ce petit hôpital rempli de crucifix paraissait sorti d'un film de guerre des années 50. Une fois revenue chez moi, on m'a prise en charge. Mes colocs et amis se sont mobilisés pour me remettre en santé : jus frais tous les jours, soupe, vitamines, etc. Même Cézanne, la doyenne des chattes de la maison, n'a pas quitté mon chevet et tous les jours, elle dormait à mes pieds comme pour veiller sur moi (les photos...que voulez-vous, j'avais vraiment rien d'autre à faire!). Il était hors de question que je me lève pour quoi que ce soit et chaque fois que je me faufilais dans ma chambre pour écrire une ligne à ceux que j'aiment pour me plaindre un peu, je me faisais chicaner. On ne badine pas avec la dengue. Vers le 6e jour, j'ai été soulagée de constater que ma peau s'était couverte de plaques rouges qui piquent : c'est le signe que le virus est déjà en phase de régression. Sinon, on peut encore envisager la forme hémorragique de la dengue qui est très souvent mortelle. Ouf! Soulagement indescriptible. Moi qui n'a jamais été sérieusement malade, je dois dire que j'ai quelques fois cédé au désespoir pour pleurer de douleur, mais aussi de peur... Voilà maintenant 10 jours que je me promène "de la chambre au salon", du lit au hamac, du hamac au sofa... J'ai vraiment hâte de quitter mon état de passivité, retourner au boulot, écrire mon essai, voyager sur les îles, visiter les communautés qui participent à nos projets, bref, VIVRE! C'est une phase difficile, parce mon énergie est extrêmement limitée, mais la volonté de me replonger dans nos projets est si grande... Surtout, je travaille avec un nouveau groupe de jeunes, le ICA (Integração comunautária agroextrativista). Ils ont entre 18 et 26 ans et sont extrêmement motivés; ce sont des étudiants en agronomie qui ont décidé de mettre leurs connaissances au profit d'une communauté à Cupuaçu pour les aider à développer une agriculture familiale écologique et plus rentable. Ensemble, nous allons développer un projet concernant les ressources hydriques de la communauté afin que ce groupe de jeunes puissent participer à Lacs et rivières en fête, une initiative québécoise qui regroupera des jeunes de partout sur la planète cet été au Québec. 20 lacs et rivières du Québec seront jumelés à 20 lacs et rivières de la planète. Nous avons pensé que le St-Laurent fera un bon match avec le fleuve Amazone, alors nous travaillerons en ce sens pour que le ICA puisse envoyer un représentant au Québec cet été et participer à ces "parlements sur l'eau". On a peu de temps, alors dengue, sors de ce corps!!! Juste au moment où j'écris ces lignes, je viens d'en tuer un maudit qui essayait de me croquer la cuisse! Le pire, c'est que j'ai raison d'être parano : la deuxième infection à la dengue (il en existe 4 types, alors j'ai encore 3 "chances" d'être contaminée) augmente sérieusement les risques de développer la forme hémorragique du virus. Dorénavant, je troque le patchouli pour le sublime parfum du Off et je parcours le jardin dans l'espoir de trouver un nid afin de commettre un génocide. Par ailleurs, ce papillon est venu se poser sur le bord de ma fenêtre hier et y est demeuré pendant plusieurs minutes pour me permettre d'admirer sa délicatesse et sa fragilité. Symbole de transition, c'est comme s'il voulait me dire que le pire est déjà derrière moi et qu'un tel état de vulnérabilité est parfois nécessaire pour mieux avancer...

mardi 13 mars 2007

BRASIL. La Bush des femmes

8 mars. Journée internationale de la femme et journée de visite de Bush au Brésil. En marchant avec empressement pour arrivée avec un retard brésiliennement raisonnable à ma réunion, je constate que l'artère principale est bloquée par une manifestation. Il s'agit de l'accueil réservé à Bush dont j'ignorais la venue jusqu'alors. Attiré par l'odeur de canne à sucre de l'éthanol brésilien (en fait, seulement par sa technologie de fabrication parce que la production brésilienne est stoppée par des barrières tarifaires exubérantes), Bush a fait sa petite tournée de moins de 24h pour tenter de convaincre Lula de partager ce savoir précieux avec ses voisins de l'Amérique centrale afin que les É-U puissent s'en procurer à moindre coût. À en croire le visage du président brésilien à la une des journaux, serrant timidement la main de l'autre avec un sourire on ne peut plus forcé, je me demande si le détour a valu la peine.
Moi, je continue mon chemin vers une rencontre qui a été des plus productives avec Peabirú, l'organisation qui monte le projet à Curuça et qui risque de devenir un futur partenaire d'Ecomaris dans ses projets écotouristiques. Le soir venu, je suis invitée au Teatro da Paz, le plus vieux théâtre de Belém qui date de la belle époque du caoutchou de l'Amazonie (fin du 19e-début du 20e). On peut constater en voyant l'architecture du théâtre et son intérieur luxueusement décadent qu'à ce moment-là, Belém était LA destination la plus hot. Tous les grands artistes européens venaient y exposer, accompagnés de l'élite parisienne et d'autres richissimes personnages. Pour ma part, c'était un spectacle de 4 chanteuses de la région qui m'y amenait, unies malgré leurs styles extrêmement différents pour célébrer la féminitude à travers des sambas sur le thème du jour : les femmes. Intéressant, même si je n'ai reconnu qu'une seule chanson parmi toutes : "Alguiem me avisou pra pisar nesse chão devagarinho..." ("Quelqu'un m'a avisé de "piler" sur ce plancher tout doucement"... on se comprend j'espère?)
Sinon, j'ai passé mon dimanche miraculeusement ensoleillé à réparer un vieux vélo (mauve!) qui trainait dans la cour arrière. Ah! J'étais si heureuse d'ENFIN pouvoir enfourcher une bicyclette, sentir le vent dans mes cheveux et découvrir un peu mieux la ville grâce à mes deux vieilles nouvelles roues. Après être allée gonfler les pneus et m'être presque tuée (le garde-boue est allé se coincer dans ma roue arrière alors que je pédalais...ok, j'ai d'autres talents que celui de réparer des machines roulantes), je me suis aperçue que le vélo était vraiment devenu impraticable à cause de ma roue maintenant toute tordue. Alors que je sacrais sur le bord de la route, un vieux cycliste s'arrête et m'offre son aide. Il me donne rendez-vous à un bar tout près et me demande de l'attendre pendant qu'il va chercher les clés nécessaires à la réparation. Hummm... Après avoir "jasé avec mon instinct", je suis allée l'attendre au bar de mon voisinage. Il me revient tout content de voir que je suis là et se produit alors une mobilisation du bar autour de la carcasse, chacun offrant ses conseils avec quelques bières dans le nez. On a réussi à faire tenir le tout à coup de petits bouts de fil de fer par-ci par-là et me voilà repartie en laissant derrière moi un groupe de buveurs du dimanche qui me saluent de la main, presque émus de voir leur grande fille partir sans ses roulettes arrières...
Le fruit du jour : le jambu (à ne pas confondre avec le jambú, ce cresson engourdissant..), à la texture de coton à l'intérieur, mais au goût délicieusement rafraîchissant.
Demain, pour mon anniversaire, on cuisine un gros poisson qu'on aura laissé mariner toute la journée dans une mixture de fruits tropicaux et d'épices. Je me charge de la gazpacho et du gâteau dont la saveur reste à déterminer cette nuit...

mardi 6 mars 2007

BRASIL.Tango brasileiro

Retour au labeur et au rythme de la création partenariale. Je suis déménagée dans une grande maison rouge que je partage avec 7 personnes et 4 chats. Je m'y sens comme un piranha dans l'eau avec notre belle terrasse, notre grand jardin (admirer nos plantes sur les petites photos) et toute cette belle compagnie. Le principe de la maison est simple : nous devons former une famille avec tout ce que cela implique, c'est-à-dire les repas collectif dans le possible, les bonjours le matin, les bisous de bonne nuit, la présentation des amis (même éphémères)... etc. Bref, ça fait du bien de se sentir à nouveau dans une petite communauté temporaire. Le seul hic : les moustiques transmetteurs de la fièvre dengue ont également senti la bonne énergie de la place et traînent constamment sur notre terrasse. Résultat : Yan est contaminé depuis la semaine dernière et à le voir marcher comme un zombi les yeux en sang, je me croise les orteils pour ne pas être la prochaine cible de la maison. On ne rit pas, la dengue hémorragique peut être mortelle. Sinon, c'est la joie. Chacun travaille de son côté (plusieurs rédigent également leur thèse de maîtrise ou de doc) et se mêlent subtilement des affaires des autres... Justement, alors que je faisais ma coupe hebdomadaire dans le jardin, on a comploté pour me croquer en photo à mon insu. J'ai aimé la redondance du thème... Par ailleurs, le partenariat entre Ecomaris et Fotoativa fait son chemin et semble enfin se concrétiser autour d'un projet à Curuça, un village insulaire devenue tout récemment une réserve écologique pour la richesse de ses mangroves, une végétation essentielle à l'équilibre des écosystèmes. Tout comme les pêcheurs du Marché Ver-O-Peso, les habitants de Curuça se voient obligés de réorienter leurs activités économiques, si ce n'est pas carrément de les réinventer, puisque qu'il y est dorénavant interdit d'exploiter les ressources naturelles. Plusieurs ONG travaillent déjà à monter un projet d'écotourisme avec les habitants et je pense qu'Ecomaris aurait définitivement sa place dans cette aventure. On discute déjà des activités qu'on pourrait y organiser dans le cadre d'Olhos d'Agua, notre projet en partenariat avec Fotoativa. Contrairement à toutes les autres ONG qui en sont à créer des infrastructures et à donner des formations environnementales aux habitants, Olhos d'Agua intervient à un autre niveau à travers ses activités intégrant la photo et autres modes d'expression artistique. C'est surtout une démarche de réflexion qui est visée et dans ce cas particulier, c'est d'abord la question de l'identité qui sera explorée, les jeunes de l'endroit voyant leur mode de vie pris dans un tourbillon de changements soudains. J'aime bien cette idée de complémentarité dans les démarches parce que franchement, on a tendance à monopoliser les ressources pour les besoins matériels et les infrastructures alors que l'intégration des valeurs écologiques par la connaissance et l'appropriation de son environnement est fondamentale dans ce processus. Je rencontre donc des responsables du projet demain et je compte bien me rendre à Curuça au cours du mois de mars pour sentir un peu le pouls de l'endroit pour concevoir de quelle manière les groupes de jeunes d'Ecomaris pourront participer à ce mouvement de rénovation dans un esprit d'interaction avec les jeunes de Curuça. Ça promet, c'est mon petit doigt qui me le dit. Autre petit voyage prévu à la mi-avril : l'Argentine!!! Eh oui, j'ai acheté mon billet d'avion hier à destination de Buenos Aires où se tiendront les Premières Journées Internationales Eau et Jeunesse, un événement d'envergure qui "réunit des jeunes leaders des quatre coins de la planète qui entreprennent des projets reliés à la question de l’eau, que ce soit pour garantir le droit à l’accès à l’eau potable, promouvoir une gestion intégrée des bassins, transmettre une nouvelle culture de l’eau." Tiens, tiens, tiens... C'est incroyable à quel point les trucs se bousculent pour arriver juste au bon moment. J'y rencontrerai d'ailleurs une représentante du Secrétariat international de l'eau qui serait possiblement intéressé à notre projet Olhos d'Agua. Et bien sûr, c'est vraiment une joie intense de me rendre en Argentine le temps de 7 nuit de tango. Pour en savoir plus sur l'événement : www.waterandyouth.org

jeudi 1 mars 2007

BRASIL.Carnaval 101

De retour en un morceau (physiquement parlant) du Carnaval d’Olinda où la notion d’intimité a pris un tout autre sens à mes yeux. D’abord, la traversée de 36 heures d’autobus et le constat, dès la première minute après le départ, que j'ai oublié mes écouteurs... Non!!!!! Adieu les 324 chansons soigneusement choisies. Puis vient la nuit cauchemardesque durant laquelle on se dispute sans cesse l'accoudoir avec son voisin de siège à coup de gros soupirs. Par contre, au réveil, tous les passagers souriants ont l’impression de se connaître un peu mieux, comme si on avait survécu solidairement à une catastrophe. Cette fraternité m’a même empêchée de me retrouver seule au beau milieu du Sertão (l’intérieur désertique de la région du Nordeste brésilien) alors que l’autobus est parti sans moi (évidemment !) après une pause toilette. Tout l’autobus s’est mobilisé pour que le chauffeur rebrousse chemin et j’ai eu le droit à un accueil triomphal à mon entrée dans l’autobus, une sérénade en l'honneur d'une genevièverie évitée de justesse. Je me suis sentie tellement appréciée tout d'un coup. Bordellement soulagée surtout. J’imaginais déjà ma vie à cultiver les terres arides du village où je me trouvais prisonnière, marier le plus beau gars du coin et faire 9 enfants. Après avoir traversé deux saisons en passant de « l’hiver » du Pará à l’été de Pernambuco, des vaches grasses aux vaches maigres, des torrents aux nids de rivières asséchés, j’arrive enfin à Olinda où je suis accueillie à la maison de França, poète avec un grand P et ami de longue date. Plus que jamais, l’intimité est mise à l’épreuve : sa nouvelle maison (que l’on voit en entier sur la photo) est composée d’une chambre qui tient lieu de cuisine/salon/chambre à coucher, puis d’une toilette…à aire ouverte. J’oubliais le petit lit séparé par un mur qui servait de refuge pour l’hôte qui voyait sa maison agréablement envahie. Arrivent mes 2 amies de Salvador, Maria Isabel et Lang, qui viennent également profiter de l’aimable hospitalité de França. Dans l’esprit carnavalesque du « dort qui peut », on a vite appris l’art du laisser-aller alors que toute tentative de contrôle est vaine. Véritablement vaine. Bon, quelques jours de plage pré-carnaval pour faire le plein d'énergie... Commence le carnaval. Une semaine entière où je me croyais dans un film de Kusturica avec la fanfare qui te suit jour et nuit avec les 2 mêmes mélodies. Une petite accalmie de quelques heures à l’aube, puis dès le matin, c’est reparti! Nous avons eu la chance de profiter de 2 carnavals simultanés, la ville de Recife se trouvant à quelques kilomètres d'Olinda (on voit sur la photo la ville de Recife au loin qui paraît un monstre vue depuis le petit oasis vert qu'est Olinda). Deux carnavals complètement différents : à Recife, ce sont les spectacles des plus grands artistes brésiliens, les défilés de maracatú et de frevo, les familles, les enfants...bref, très smooth. Olinda, qu'un mot : la débauche. C'est la folie au premier degré, nuit et jour comme on peut voir brièvement sur les vidéos. La version nocturne est filmée lors de la meilleure nuit du Carnaval (en fait, le carnaval est alors officiellement terminé ailleurs au Brésil...pas à Olinda!) C'est le défilé des bois (boï-z), ces boeufs mythiques sortis des légendes rurales qui défilent dans les rues, chacun appartenant à son "bloco", c'est-à-dire n'importe quel groupe avec un peu de volonté et d'imagination. Ils défilent devant cette vieille femme qui, déçue d'habiter une rue où les fanfares ne passaient point, a décidé de fabriquer un petit trophé à chaque bloco qui passe devant chez elle. À leur passage, elle leur offre quelques fruits et de petits shooters de cachaça (alcool national), mais surtout, elle leur donne sa bénédiction. Elle s'est transformée en une véritable légende vivante avec tous ces blocos qui font la file devant sa maison en attente de sa bénédiction. C'est devenu une tradition. On peut apercevoir dans la vidéo nocturne la dame attentive qui se fait courtiser par un bloco. Dans le contexte Recife et Olinda, les copines et moi avons donc adapté notre accoutrement selon le degré d'intensité projeté de la folia : sur les photos, on voit la version soirée tranquille et la version "noite de locura"... Et voici le fameux forró, cet air typique du Nordeste que j'adore danser dans les fins de soirées, bien qu'au Québec, nos hommes soient plutôt réticents à s'y mettre (sauf notre cher Neal qui s'y prête chaque fois que je lui demande...je t'adore). On voit ici un accordéniste aveugle à l'oeuvre ...(saudade intense de mon accordéon)... Malheureusement, la fête à son apogée s'est terminée pour moi lorsqu'une grosse grippe m'a fixée au hamac pour quelques jours. Eh bien, ma fièvre m'a quand même amené son lot de délires hallucinatoires alors que les copains se préparaient à sortir... Pour conclure l'aventure carnavalesque et reprendre des forces, on opte pour une sortie sur le littoral sud loin de la ville. D'ailleurs, c'était assez symbolique comme expérience. 7 ans après avoir foulé cette plage lors de notre périple de 350 km à marche sur le littoral brésilien de Recife à Maceio, Maria et moi nous retrouvions ensemble sur ce même morceau de sable... Seulement, au lieu de la solitude zen d'autrefois, on se trouvait avec uma galera totalmente doida (traduction: une gang de malade) qui surfait et se jetait dans des vagues dangereusement énormes. Je m'y suis risquée, moi-même, mais je dois dire que j'ai compris le principe de la noyade. Affamés le soir venu, nous sommes invités chez Zé qui insiste pour nous faire griller sur la braise un poisson appelé Xereu . Impossible de refuser quoi que ce soit à cet hyperactif qui a même grimper l'arbre de sa cour pour nous décroché quelques cocos à boire pour la route de retour. Ce petit vidéo démontre quand même que les normes d'hygiène sont relatives (personne n'a été malade). En attendant le poisson, un petit jam pernambucano s'imposait... Bon voilà, j'ai essayé d'être concise malgré la présentation chaotique (à l'image de mon séjour), mais vraiment, je suis en état de retenue pour ne pas faire ma touriste cassante qui étale toute ses photos et son blabla. Tout ce que je peux ajouter, c'est que j'ai eu ma première poussée de dents de sagesse en plein carnaval... Serait-ce l'influence des longues conversations avec mes deux soul sisters ou plutôt le signal que, cumulant l'Espagne et le Brésil trois fois, j'en arrive à un certain degré de maturité dans mes états festifs? Méditation...

mercredi 7 février 2007

BRASIL. Flamenco brasileiro

La notion de pollution par le bruit n'existe pas au Brésil, pour le meilleur et pour le pire. Le pire : ces fameux "aparelhagens" (des systèmes de son ultra puissant et très à la mode ici) que l'on place dans le coffre-arrière de sa bagnole (le concept : on stationne son char n'importe où, on ouvre le coffre, on blast la chanson populaire de la saison en mode répétition, on ouvre la bière, et le party est pogné.) Le meilleur : du flamenco à toute heure du jour et de la nuit (sans aucune vergogne) dans le local de Fotoativa, cette maison coloniale où l'écho est hallucinant. Il se forme alors à la porte un petit attroupement d'enfants (et de grands enfants) qui écoutent et se demandent quelle pourrait bien être cette percussion étrange. Un jour, je me vêtirai d'une jolie robe et je laisserai la porte grande ouverte... Cet après-midi, seule, j'ai enfilé mes souliers. La lumière du soleil, si précieuse en cet hiver pluvial, convergeait sur ce point précis du sol. Ça m'a inspiré quelques pas...

Lorsque je passe devant cette maison qui se trouve sur mon itinéraire quotidien entre ma maison et Fotoativa, je m'arrête toujours pour contempler son balcon en mosaïque, son jardin au plantes bourgognes et la mulher de sa façade (sur la photo). Quel contraste avec l'énergie de cette rue où hier encore, on a attaqué un commerçant à 18h30, soit 20 min avant mon passage. Résultat : 3 balles dans le corps. Il n'est pas mort (selon l'épicier qui me racontait l'épisode).
Plus que 3 jours avant le grand départ pour le Carnaval. 324 chansons dans mon lecteur MP3 pour 36 heures d'autobus...presque dix chansons à l'heure, ça devrait faire l'affaire. Un temps d'arrêt national, mais aussi très personnel. Il me permettra d'intérioriser ce premier mois d'intensité en canne, à tout les égards. La création d'un partenariat au Brésil est, je crois, extrêmement dense sur le plan humain. Tout est extraordinairement subtil ou "in your face", sans ou trop de détours. Mon instinct fait du temps supplémentaire. Les méthodologies de bouquins valent ce qu'elles valent dans un contexte où l'interculturalité domine tous les champs. Bref, le bilan jusqu'ici : beaucoup de discussions (philosophiques), énormément de questions (sans réponses), plusieurs tentatives d'éclaircissements (sans succès). Mais aussi : des rencontres extrêmement inspirantes, une organisation qui bourgeonne de projets et qui veut s'ouvrir sur le monde. Au niveau des principes, des valeurs et de la nature des projets, Fotoativa et Ecomaris sont des jumeaux fraternels égarés à la naissance. Reste à voir comment on va arranger les grandes retrouvailles. On est dans un dynamisme à l'état pur et il faut juste savoir danser sur la musique du moment. Deux semaines de samba, de frevo et de maracatú devraient faire l'affaire pour définitivement me régler au rythme brésilien.
Justement, l'homme que l'on voit allongé sur le banc, c'est le chauffeur d'autobus qui, probablement assomé par sa feijoada du midi(plat national du Brésil qui consiste en un lourd ragoût de fèves noires), a décidé de s'arrêter pour faire une petite sieste, question de bien digérer. Juste comme ça. Ici, il faut aussi savoir MARCHER sur la musique...

Petite relâche "blogale" pendant le Carnaval, étant évidement sans mes bidules électroniques pour cette période...sauf l'appareil photo, bien sûr (s'il résiste à l'attrait des mauvais oeils). En espérant croquer de jolies photos pas trop compromettantes pour pouvoir les partager à mon retour. ;-P

mardi 6 février 2007

BRASIL. Est-ce que les cheveux peuvent moisir?

On vient d'annoncer que la quantité de pluie tombée à Belém au cours de cette première semaine de février totalise la moyenne mensuelle habituelle. Les orages perpétuels des 3 derniers jours commençaient à transformer mes déplacements en douches inévitables et comme le concept sec-mouillé n'a définitivement pas été inventé ici, la "sequitude" devient un bien précieux...j'ai investi dans un parapluie, finalement. Cette pluie a toutefois pour effet néfaste de créer des bassins d'eaux stagnantes, nids de ces moustiques porteurs de la fièvre dengue, une véritable épidémie ici actuellement. Un aperçu d'une cour d'école inondée, comme plusieurs rues d'ailleurs.
En ce moment, c'est aussi l'époque de reproduction d'un type de coléoptère gros comme un petit rat. Petit "animal" nocturne, la maison s'en rempli une fois le soleil tombé. Lorsqu'ils se promènent dans la cuisine, leurs petites pattes frappent sur la céramiques, de petits tic-tic-tic-tic saccadés, ces bestioles étant de grands nerveux (plutôt difficiles à photographier). Disons que je bois moins d'eau la nuit de peur d'en écraser un pieds nus lors de mes expéditions à tâtons vers la salle de bain, leur coin préféré.
J'ai essayer en vain de trouver un remède pour repousser tout envahisseur indésirable (y compris ceux d'espèce humaine), mais cette herboriste du Marché Ver-O-Peso n'a pu que m'offrir des herbes et des concoctions pour attirer les hommes ou les faire tomber amoureux...comme si les Brésiliens avaient besoin de ça! Bref, j'ai quand même acheté une méchante réserve de poudre de Guaraná (ce fruit tropical, très prisé par les indigènes pour ses effets énergisant) et des parfums naturels au patchouli et au cheiro do Pará, mais je n'ai pas pu résister à la concoction "abre caminos" ("ouvre les chemins")... À voir, à voir...
Ce matin, on a procédé au soulignement symbolique de mon séjour à la maison de Patricia. À sa demande, on a planté dans le jardin un arbre que j'ai soigneusement choisi : un arbre à graviola, ce gros fruit à pulpe blanche qui a été mon premier coup de coeur fruitier lors de mon premier voyage au Brésil il y a 7 ans. Les racines de cet arbre ne s'étendent pas à la surface de la terre, mais plongent plutôt vers le fond...
Et question de taquiner la simultanéité, voici des photos prises il y a deux heures à peine au local de Fotoativa, alors que j'assistais à un atelier de photographie que Miguel donnait ce soir. Intégré au projet Olhos d'Agua (mais qu'est-ce qui n'en fait pas partie?), ce cours de 3 mois à pour objectif ultime de transformer et d'approfondir la relation du photographe avec la lumière, la machine et l'objet photographié. Développer l'instinct de l'instant.

jeudi 1 février 2007

BRASIL. Tout court

J'ai enfin trouvé un appart! Voilà, c'est confirmé à la brésilienne (lorsque j'ai exigé que l'on signe un quelconque engagement, c'est comme si j'avais parlé une autre langue). J'aménagerai dès mon retour du Carnaval, fin février, dans une chambre de cette grande maison, à une rue de mon chez-moi actuel (c'est-à-dire la maison de Patricia qui apparaît sur la photos.) Dommage de laisser cette maison-musée, remplie d'art et de bebelles soigneusement choisies. Aussi parce que j'adore le jardin dans la cour arrière où j'ai installé mon nouvel hamac, et que Patricia et moi partageons exactement le même degré de pudeur, ce qui était excellent vu les conditions climatiques.
Hier soir, pleine lune. Nuit de la Santa das Candeias (Sainte des chandelles) où les habitants de Belém allument une chandelle au bord de leur fenêtre. On m'a amené chez le fameux Gilton. Une fois passée la porte anonyme du petit quartier résidentiel, on entre dans un bar ouvert du vendredi au dimanche uniquement, car en fait, nous sommes carrément dans la maison du Gilton. Ambience famiale, éclairage aux néons, des enfants qui courent partout, des musiciens qui se relaient constamment sur la scène. On y joue le fameux chorinho (cho-ri-gno), une samba dite "plus élaborée", accompagnée de flûte et caractérisée par ses accélérations et ralentissements soudains. Hyper populaire ici. Voici un petit extrait, s'il est possible d'y entendre quelque chose...
On est en plein Festival du cinéma brésilien à Belém, et il y a des projections de court métrage qui durent toute la nuit!!! Alors en sortant de chez Gilton, on fait la tournée jusqu'à 5h du matin. Plus la nuit avance, plus les court métrages hors concours sont de nature à controverse, pour toutes sortes de raisons...
Encore une fois, les vampires croisent les oiseaux et on assiste à l'aube à l'arrivée des pupunhas (pou-pou-gnas) au marché, ces petits fruits de palmiers qu'on fait bouillir comme des patates et qu'on déguste avec beaucoup de beurre, ainsi que des cupuaçus, un fruit des plus parfumés qui est dans mon top 10 de saveurs de crème-glacée.
Aujourd'hui samedi, lendemain de nuit blanche, jour de coupe de cheveux dans le jardin sous la pluie et jour de repos bien mérité après une semaine qui commence à ressembler à du travail.

mercredi 31 janvier 2007

BRASIL. Attends un peu avant d'me dire que tu voudrais des...

Réveil après une longue nuit fiévreuse... En prenant le thé toute étourdie dans la cour au matin, je trouve cette maman puceron qui non seulement protegeait son petit puceroneau, mais qui surveillait aussi attentivement ses oeufs. J'avais presque envie de me réfugier sous son petit ventre rigide...
Le Brésil est plein de bébés, partout. De femmes enceintes aussi, mais il faut dire que ce n'est pas encore la saison...plus que 2 semaines avant le Carnaval et le babyboom annuel reprendra...
Et moi, ça y est, je pars le 12 février vers le sud rencontrer Maria Isabel, Lang et autres malocas à Olinda pour le Carnaval. J'ai mon billet...d'autobus! L'avion étant inabordable durant cette période, 36 heures de bus seront donc nécessaires pour me rendre, mais il n'y a aucun doute que ça en vaut mille fois la peine. Et comme on parle quand même de 72 heures aller-retour, j'ai décidé d'étendre un peu mon séjour, question de retrouver les amis perdus il y a plus de 6 ans et de bien profiter du VRAI été brésilien là au Nordeste. Quelques jours de plage post-carnaval seront effectivement nécessaires afin de réapprendre à dormir.

samedi 27 janvier 2007

BRASIL. Jenny en peinture?

Troisième exposition en quatre jours. Fotoativa est effectivement une organisation active. Alors j'en profite pour me remplir les yeux. Ici, on voit une exposition des produits du "pin hole" (ou "pignole", comme disent les Brésiliens). C'est probablement la façon la plus simple de faire de la photographie, un retour aux bases des principes physiques : une petite boîte étanche, un trou minuscule et n'importe quelle matière sensible à la lumière à l'intérieur. Résultat : de petites photos expérimentales, uniques, souvent assez intéressantes. En fait, Belém est la ville où la participation au Pin Hole Day (www.pinholeday.org) est la plus grande sur la planète. Fotoativa utilise d'ailleurs cette activité dans plusieurs de ces ateliers, d'où la popularité de la chose ici. Prochain Pin Hole Day : le 29 avril prochain... Petit épisode étrange vendredi soir, alors que nous sommes allés voir un petit groupe de jazz brésilien et boire quelques caipirinhas. Remarquez la peinture au dessus du groupe. 3 personnes m'ont dit au cours de la soirée qu'on jurerait que c'était mon portrait. Bizarre... Je suis devenue comme obsédée par ce cadre de Jenny (comme ils m'appellent là-bas, parce que Geneviève devient Je-ni-vi-è-vi...un peu trop intense). Personnellement, je ne suis pas si certaine de la ressemblance, mais j'avoue qu'il y a de p'tits airs de famille...

Au menu hier soir : pizza de jambú. Au menu ce soir : tacacá, c'est-à-dire une soupe de jambú, crevettes, goma (gros motton de gelée visqueuse de manioc) et tucupi (jus de manioc fermenté). Je rappelle que le jambú est ce genre de cresson qui fait picoter la langue et qui gèle les lèvres. Alors que je dégustais ma soupe (parce que oui, je commence à sérieusement aimer ce goût suspect et cette sensation étrange), une très vieille femme qui avalait sa soupe à côté de moi se met à se foutre de ma gueule qui, je l'avoue, était béamment ouverte sous le choc de la première bouchée de jambú. Elle me dit : "Ça engourdit, hein? Profites-en pour aller embrasser!" La coquine!